mardi 29 septembre 2026

François Bégaudeau - L'amour

Voici plus de deux mois que je n'avais plus posté de nouvelles de mes lectures car, aussi agréables (ou non) aient-elles pu être, rien de remarquable ne s'en dégageait.

De plus, pendant ce laps de temps j'ai écrit trois nouvelles pour le recueil sorti en début de semaine dernière que je vous invite à lire.

Deux mois donc sans passer par ici, disais-je, et l'ironie veut que mon retour se fasse sur un livre qui m'a été déconseillé par un ami proche et fut vraisemblablement moqué en son temps (2023) par Daniel Conversano, même si je ne trouve hélas aucune trace de cette critique. Ce livre, L'amour, de François Bégaudeau, avait donc tout pour me déplaire a priori.

On m'a notamment dit que ce roman n'était pas révélateur de la bibliographie de Bégaudeau, et qu'il s'agissait d'un exercice de style ("raté", m'a-t-on dit, mais loin de moi l'idée d'accuser Mario Varraut de quoi que ce soit donc je ne vous dirai pas que c'est lui l'ami proche dont je parle au paragraphe précédent).

Trêve de galéjades. Ce n'est pas la première fois que je découvre involontairement un auteur par un livre qui, toujours a priori, ne lui ressemble pas. J'avais fait de même avec Bukowski, que j'avais à l'époque découvert via son roman Pulp.

Le point commun entre Pulp et L'amour hormis de n'être pas forcément révélateurs de l'œuvre de leurs auteurs ? Leur format. Poche 90 pages pour Bégaudeau, poche 189 pages pour Bukowski, des petits livres. Et c'est ça qui dans les deux cas m'a attiré. Car ce sont toujours des petits livres que j'achète quand je suis en avance à un rendez-vous ou en stand-by entre deux destinations.

L'amour de François Bégaudeau, donc, est un texte très agréable à lire, aucun chapitre, aucune section, aucun saut de page, il s'agit du déroulé de l'histoire de deux jeunes gens qui se rencontrent puis passent leur vie ensemble jusqu'à leur mort dans la vieillesse, mort joliment imagée par Bégaudeau. Les pages égrènent les années et les petits événements avec simplicité, fluidité et naturel, à tel point qu'on ne se rend pas compte qu'il s'agit d'un exercice de style, même si c'en est un et qu'il est très réussi. Toujours simple, jamais condescendant, jamais moralisateur, et très touchant par moments. C'est comme ça que je qualifierai ce roman : une réussite. Et donc un plaisir pour le lecteur, une histoire qui se consomme sans prétention, mais à laquelle on s'attache tant qu'on y est.

Et ce roman, si "simple" puisse-t-il être, est bien meilleur que de nombreux romans primés, je pense notamment à un Prix de Flore sur lequel je reviendrai en temps voulu.

mardi 14 juillet 2026

Anthony McCarten - Devenir zéro

"Devenir Zéro" titre le livre.

"Et si vous aviez deux heures pour disparaître, que feriez-vous ?" sous-titre le livre.

Le pitch est le suivant : vous êtes bêta-testeur d'un tout nouveau programme destiné à la surveillance de la population (au nom de la lutte contre le terrorisme, évidemment, ce n'est que de la philanthropie à n'en point douter), et en échange de ce test grandeur nature une promesse alléchante : si vous tenez trente jours sans vous faire repérer vous empochez trois millions de dollars. Le chat et la souris quoi, rien de bien fou. Et pourtant, ce livre est passionnant.

Tout d'abord évidemment, la question du traitement des données que nous fournissons consciemment ou non aux organismes de surveillance sous-tend l'intrigue, qui va plus loin qu'un simple inventaire de citoyens qui se font rattraper les uns après les autres avant la limite des trente jours, même si cette simple facette du bouquin pourrait se suffire à elle-même tant "c'est une belle histoire très bien racontée" comme le dirait le critique littéraire Laurent Ruquier.

Parmi les candidats à ce bêta-test, un profil surprenant, une petite bibliothécaire, va sortir du lot et mener la vie dure aux équipes chargées de rattraper les candidats... avant que le livre bascule dans tout autre chose, et c'est là peut-être le coup de génie de l'auteur : après une première moitié de roman qu'on a entamée en tant que suiveur d'une espèce de chasse à l'homme, le roman devient un mélange de film d'action et de film policier, offrant au récit une montée d'adrénaline, de suspense et de rebondissements dont je ne dis rien pour ne pas dévoiler l'intrigue à ceux qui souhaitent lire cet excellent Devenir zéro.

Au final, cet ouvrage répond à la promesse de la quatrième de couverture (je la mets ci-dessous) mais va encore plus loin que prévu, et c'est un régal, surtout quand au départ, en tant que le lecteur, la promesse de la 4ème suffisait à motiver notre achat.

Bref, ce roman est une belle surprise dont je vous conseille la lecture.




dimanche 14 juin 2026

La dolce vita

La dolce vita. Ecrire une nouvelle pour un recueil qui sort bientôt, pendant que son fils bouquine, en écoutant en sourdine le dernier album de Bush.

Enfin bref, tout ça pour dire qu'un recueil de nouvelles écrites par trois auteurs sort bientôt, annonce sera faite sur les réseaux habituels ☺

dimanche 26 avril 2026

La paille, la poutre, la mauvaise foi et le pardon

1. La paille et la poutre


Dans son roman Au secours pardon, paru en 2007, Frédéric Beigbeder écrit à propos du KGB :

"Le KGB n'a pas déménagé, il a juste changé deux consonnes à son nom. Vous avez déboulonné la statue de Dzerjinski devant l'immeuble du FSB, avant d'élire Président l'un de ses employés modèles. Tous les problèmes de votre pays viennent de cette continuité : vous n'avez pas coupé le cordon ombilical avec les tortionnaires. La Russie est le pays des crimes impunis et de l'amnésie volontaire."

C'est drôle que cette réflexion vienne d'un Français, dont le régime actuel est lui aussi relié à un "cordon ombilical avec les tortionnaires" de 1789, de la Révolution, de la Terreur, de ces assassins et de ces barbares décapitant à qui mieux mieux au nom de la Liberté et de la Justice, avec des majuscules évidemment, car il ne faut avoir honte de rien pour parer ses crimes sordides de pseudo-vertus excusatoires.

Qu'un citoyen du régime héritier de 1789 donne des leçons au régime des héritiers de Staline qui est l'héritier de Robespierre est assez loufoque. La paille, la poutre, etc.

2. La mauvaise foi

Encore pire que de ne pas comprendre qu'on a des origines politiques plus maléfiques que celles qu'on croit pouvoir dénoncer, Frédéric Beigbeder croit pouvoir se dédouaner en disant que la France aussi a ses tares, mais il tape complètement à côté en accusant la Collaboration et les guerres coloniales au lieu de revenir aux psychopathes à l'origine de notre régime politique.

Encore encore pire, en tapant sur le régime de Vichy et sur les tentatives de conserver la grandeur impériale de la France malgré l'opposition des USA et de l'URSS, Frédéric Beigbeder tape exactement sur les mêmes que tapent les héritiers de Robespierre et des colonnes infernales, il tape sur ceux qui ont essayé de changer ce régime originaire du sang des innocents.

3. Le pardon

Mais ces errements, on peut difficilement les reprocher à l'auteur, tant les perpétuateurs du souvenir vendéen sont insupportables à confondre chouannerie et chouinerie, et à remplacer, à la suite de Reynald Secher, nos héros et nos martyrs par une pathétique appellation "génocide vendéen". Le même Secher qui fit préfacer son ouvrage Vendée, du génocide au mémoricide par Gilles-William Goldnadel (what the fuck ?) qui - BIEN ÉVIDEMMENT - dans ses cinq pages de préface, arrive à placer "horreurs du génocide juif", "Hitler" et "Himmler", et ose les mettre à égalité avec Pol Pot, Lénine, Staline, Mao, etc.

Au moins Frédéric Beigbeder - c'est en cela qu'il est encore plus pardonnable - a-t-il la décence, à la suite de son passage sur le FSB, de préciser que le communisme c'est CINQ SHOAHS (les majuscules sont de lui), ce qui le différencie de Goldnadel, et encore Beigbeder utilise-t-il la fourchette haute comme base de son calcul - 6 millions de victimes de la Shoah - mais cela c'est impossible de le reprocher au romancier car ce chiffre est fixé pour l'éternité (pour l'instant) par la loi. Nous n'avons pas encore "coupé le cordon ombilical" avec les historiens en robes noires.

jeudi 2 avril 2026

Jonathan Sturel - Napoléon à Montmédy

C’est un beau tour de force.

Alors que toute l’intrigue et son dénouement sont annoncés dès la quatrième de couverture, Jonathan Sturel nous tient en haleine jusqu’à la toute fin de l’ouvrage, au bout de 210 pages énervantes, surprenantes, attachantes et émouvantes.

Léon Ambricourt, jeune habitant de Montmédy, « monte à Paris » comme on dit (le dit-on encore ??), afin d’y mener ses études et de « devenir quelqu’un » (le dit-on encore ??).

A Paris, à la rencontre de la grandeur et des hommes de « la bonne société » (le dit-on encore ??), le jeune Léon est complexé par sa situation de provincial, qui ne viendrait de nulle part et ne serait issu d’un milieu composé que de sous-fifres incapables d’inscrire leurs noms dans l’Histoire ni de rivaliser avec la superbe d’un avocat ou d’un romancier en vogue, bref, une bande de nullos, son meilleur ami et sa propre famille inclus. De ce détestable complexe d’infériorité va jaillir l’idée d’un audacieux mensonge, faire croire à la France entière que Montmédy et les Montmédiens ne sont pas si nullos que ça, car enfin il s’agit quand même d’une commune dans laquelle Napoléon Bonaparte passa trois jours et deux nuits de retour de campagne ! C’est parti pour une reconnaissance nationale et un « boum » touristique qui met Montmédy sur la carte de la grande histoire de France.

Heureusement pour la santé mentale du lecteur, le héros (Léon, pas Napoléon), réalise assez rapidement qu’il s’est complètement fourvoyé, que sa ville et ses compatriotes (de la petite patrie) ne sont pas une bande de nullards paumés au milieu de nulle part, mais qu'ils constituent son identité profonde. Ce cheminement intérieur, ce changement de paradigme qui s’opère en lui au même moment où son plan mensonger fonctionne parfaitement – et même au-delà de ses espérances les plus audacieuses – tout cela fait naître chez le lecteur une attente fébrile : comment Léon va-t-il se sortir de ce bourbier et comment cette supercherie bâtie sur le mensonge d’un lycéen à la fois ambitieux et complexé va-t-elle être révélée ? Cette impatience frénétique du lecteur est d’autant plus pressante qu’au-delà de la quatrième de couverture qui nous révèle tout de l’intrigue, la table des matières elle-même semble se jouer de nos nerfs en indiquant laconiquement (logique pour une table des matières, me direz-vous) : « Chapitre XIV : Le château de carte s’écroule, page 189 ».

Cela ne gène en rien le plaisir de la lecture, bien évidemment, car ce premier roman de Jonathan Sturel n’existe pas que pour l’intrigue elle-même mais retranscrit à travers les turpitudes du héros (Léon, pas Napoléon, vous l’ai-je déjà dit ?) la beauté et l’importance de nos petites patries, sans lesquelles il n’y a pas de grande patrie possible.

mardi 31 mars 2026

Citation 4

« Les hommes sont conservateurs lorsqu’ils sont au plus bas de leur forme, ou lorsqu’ils vivent dans le luxe. Ils sont conservateurs après le dîner, ou avant de se reposer ; lorsqu’ils sont malades ou âgés. Le matin, ou lorsque leur intellect ou leur conscience est éveillé, lorsqu’ils écoutent de la musique, ou lorsqu’ils lisent de la poésie, ils sont radicaux. »

(Ralph Waldo Emerson, cité par Marc-Edouard Nabe, dans « la feuille nabienne » n°54 du 12/01/2026)

dimanche 15 mars 2026

Un roman de chiottes spectaculaire

J’ai toujours un roman dans chacun de mes chiottes.

C’est là que j’y mets les bouquins potentiellement les moins intéressants de mon tas de livres à lire, car a priori, le roman le plus médiocre qu’on puisse posséder sera toujours plus constructif et intéressant que n’importe quel « fil d’actualités » qu’on scrolle généralement quand on est aux cabinets, même si cela suit une certaine logique de faire défiler de la merde en en évacuant.

Bref, trêve de poésie, venons-en à Bernard Minier et à son ouvrage Une putain d’histoire.

Presque 600 pages qui ont fait passer ce bouquin de mes toilettes à ma table de nuit, tant les personnages, l’histoire, les rebondissements difficilement prévisibles (jusqu’à la toute fin du livre) et la qualité de narration de l’auteur atteignent presque un sommet, pas forcément par rapport à Bernard Minier lui-même, mais par rapport à la concurrence sans aucun doute.

Un gamin élevé par deux lesbiennes, un homme politique ambitieux, une boîte de sécurité spécialisée dans la récolte et le traitement de données numériques, un meurtre sur une île, une famille de petits gangsters locaux, et en fil rouge de tout cela donc, un gamin qui cherche le tueur de sa petite amie et qui se cherche lui-même.

Comme le dirait le célèbre critique littéraire Laurent Ruquier, c’est « une belle histoire bien racontée », et pas du tout un livre de chiottes.

Le meilleur roman que j’ai lu ces derniers mois.

On est trimballé d’une révélation l’autre.

A lire !