Alors que toute l’intrigue et son dénouement sont annoncés dès la quatrième de couverture, Jonathan Sturel nous tient en haleine jusqu’à la toute fin de l’ouvrage, au bout de 210 pages énervantes, surprenantes, attachantes et émouvantes.
Léon Ambricourt, jeune habitant de Montmédy, « monte à Paris » comme on dit (le dit-on encore ??), afin d’y mener ses études et de « devenir quelqu’un » (le dit-on encore ??).
A Paris, à la rencontre de la grandeur et des hommes de « la bonne société » (le dit-on encore ??), le jeune Léon est complexé par sa situation de provincial, qui ne viendrait de nulle part et ne serait issu d’un milieu composé que de sous-fifres incapables d’inscrire leurs noms dans l’Histoire ni de rivaliser avec la superbe d’un avocat ou d’un romancier en vogue, bref, une bande de nullos, son meilleur ami et sa propre famille inclus. De ce détestable complexe d’infériorité va jaillir l’idée d’un audacieux mensonge, faire croire à la France entière que Montmédy et les Montmédiens ne sont pas si nullos que ça, car enfin il s’agit quand même d’une commune dans laquelle Napoléon Bonaparte passa trois jours et deux nuits de retour de campagne ! C’est parti pour une reconnaissance nationale et un « boum » touristique qui met Montmédy sur la carte de la grande histoire de France.
Heureusement pour la santé mentale du lecteur, le héros (Léon, pas Napoléon), réalise assez rapidement qu’il s’est complètement fourvoyé, que sa ville et ses compatriotes (de la petite patrie) ne sont pas une bande de nullards paumés au milieu de nulle part, mais qu'ils constituent son identité profonde. Ce cheminement intérieur, ce changement de paradigme qui s’opère en lui au même moment où son plan mensonger fonctionne parfaitement – et même au-delà de ses espérances les plus audacieuses – tout cela fait naître chez le lecteur une attente fébrile : comment Léon va-t-il se sortir de ce bourbier et comment cette supercherie bâtie sur le mensonge d’un lycéen à la fois ambitieux et complexé va-t-elle être révélée ? Cette impatience frénétique du lecteur est d’autant plus pressante qu’au-delà de la quatrième de couverture qui nous révèle tout de l’intrigue, la table des matières elle-même semble se jouer de nos nerfs en indiquant laconiquement (logique pour une table des matières, me direz-vous) : « Chapitre XIV : Le château de carte s’écroule, page 189 ».
Cela ne gène en rien le plaisir de la lecture, bien évidemment, car ce premier roman de Jonathan Sturel n’existe pas que pour l’intrigue elle-même mais retranscrit à travers les turpitudes du héros (Léon, pas Napoléon, vous l’ai-je déjà dit ?) la beauté et l’importance de nos petites patries, sans lesquelles il n’y a pas de grande patrie possible.

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