dimanche 26 avril 2026

La paille, la poutre, la mauvaise foi et le pardon

1. La paille et la poutre


Dans son roman Au secours pardon, paru en 2007, Frédéric Beigbeder écrit à propos du KGB :

"Le KGB n'a pas déménagé, il a juste changé deux consonnes à son nom. Vous avez déboulonné la statue de Dzerjinski devant l'immeuble du FSB, avant d'élire Président l'un de ses employés modèles. Tous les problèmes de votre pays viennent de cette continuité : vous n'avez pas coupé le cordon ombilical avec les tortionnaires. La Russie est le pays des crimes impunis et de l'amnésie volontaire."

C'est drôle que cette réflexion vienne d'un Français, dont le régime actuel est lui aussi relié à un "cordon ombilical avec les tortionnaires" de 1789, de la Révolution, de la Terreur, de ces assassins et de ces barbares décapitant à qui mieux mieux au nom de la Liberté et de la Justice, avec des majuscules évidemment, car il ne faut avoir honte de rien pour parer ses crimes sordides de pseudo-vertus excusatoires.

Qu'un citoyen du régime héritier de 1789 donne des leçons au régime des héritiers de Staline qui est l'héritier de Robespierre est assez loufoque. La paille, la poutre, etc.

2. La mauvaise foi

Encore pire que de ne pas comprendre qu'on a des origines politiques plus maléfiques que celles qu'on croit pouvoir dénoncer, Frédéric Beigbeder croit pouvoir se dédouaner en disant que la France aussi a ses tares, mais il tape complètement à côté en accusant la Collaboration et les guerres coloniales au lieu de revenir aux psychopathes à l'origine de notre régime politique.

Encore encore pire, en tapant sur le régime de Vichy et sur les tentatives de conserver la grandeur impériale de la France malgré l'opposition des USA et de l'URSS, Frédéric Beigbeder tape exactement sur les mêmes que tapent les héritiers de Robespierre et des colonnes infernales, il tape sur ceux qui ont essayé de changer ce régime originaire du sang des innocents.

3. Le pardon

Mais ces errements, on peut difficilement les reprocher à l'auteur, tant les perpétuateurs du souvenir vendéen sont insupportables à confondre chouannerie et chouinerie, et à remplacer, à la suite de Reynald Secher, nos héros et nos martyrs par une pathétique appellation "génocide vendéen". Le même Secher qui fit préfacer son ouvrage Vendée, du génocide au mémoricide par Gilles-William Goldnadel (what the fuck ?) qui - BIEN ÉVIDEMMENT - dans ses cinq pages de préface, arrive à placer "horreurs du génocide juif", "Hitler" et "Himmler", et ose les mettre à égalité avec Pol Pot, Lénine, Staline, Mao, etc.

Au moins Frédéric Beigbeder - c'est en cela qu'il est encore plus pardonnable - a-t-il la décence, à la suite de son passage sur le FSB, de préciser que le communisme c'est CINQ SHOAHS (les majuscules sont de lui), ce qui le différencie de Goldnadel, et encore Beigbeder utilise-t-il la fourchette haute comme base de son calcul - 6 millions de victimes de la Shoah - mais cela c'est impossible de le reprocher au romancier car ce chiffre est fixé pour l'éternité (pour l'instant) par la loi. Nous n'avons pas encore "coupé le cordon ombilical" avec les historiens en robes noires.

jeudi 2 avril 2026

Jonathan Sturel - Napoléon à Montmédy

C’est un beau tour de force.

Alors que toute l’intrigue et son dénouement sont annoncés dès la quatrième de couverture, Jonathan Sturel nous tient en haleine jusqu’à la toute fin de l’ouvrage, au bout de 210 pages énervantes, surprenantes, attachantes et émouvantes.

Léon Ambricourt, jeune habitant de Montmédy, « monte à Paris » comme on dit (le dit-on encore ??), afin d’y mener ses études et de « devenir quelqu’un » (le dit-on encore ??).

A Paris, à la rencontre de la grandeur et des hommes de « la bonne société » (le dit-on encore ??), le jeune Léon est complexé par sa situation de provincial, qui ne viendrait de nulle part et ne serait issu d’un milieu composé que de sous-fifres incapables d’inscrire leurs noms dans l’Histoire ni de rivaliser avec la superbe d’un avocat ou d’un romancier en vogue, bref, une bande de nullos, son meilleur ami et sa propre famille inclus. De ce détestable complexe d’infériorité va jaillir l’idée d’un audacieux mensonge, faire croire à la France entière que Montmédy et les Montmédiens ne sont pas si nullos que ça, car enfin il s’agit quand même d’une commune dans laquelle Napoléon Bonaparte passa trois jours et deux nuits de retour de campagne ! C’est parti pour une reconnaissance nationale et un « boum » touristique qui met Montmédy sur la carte de la grande histoire de France.

Heureusement pour la santé mentale du lecteur, le héros (Léon, pas Napoléon), réalise assez rapidement qu’il s’est complètement fourvoyé, que sa ville et ses compatriotes (de la petite patrie) ne sont pas une bande de nullards paumés au milieu de nulle part, mais qu'ils constituent son identité profonde. Ce cheminement intérieur, ce changement de paradigme qui s’opère en lui au même moment où son plan mensonger fonctionne parfaitement – et même au-delà de ses espérances les plus audacieuses – tout cela fait naître chez le lecteur une attente fébrile : comment Léon va-t-il se sortir de ce bourbier et comment cette supercherie bâtie sur le mensonge d’un lycéen à la fois ambitieux et complexé va-t-elle être révélée ? Cette impatience frénétique du lecteur est d’autant plus pressante qu’au-delà de la quatrième de couverture qui nous révèle tout de l’intrigue, la table des matières elle-même semble se jouer de nos nerfs en indiquant laconiquement (logique pour une table des matières, me direz-vous) : « Chapitre XIV : Le château de carte s’écroule, page 189 ».

Cela ne gène en rien le plaisir de la lecture, bien évidemment, car ce premier roman de Jonathan Sturel n’existe pas que pour l’intrigue elle-même mais retranscrit à travers les turpitudes du héros (Léon, pas Napoléon, vous l’ai-je déjà dit ?) la beauté et l’importance de nos petites patries, sans lesquelles il n’y a pas de grande patrie possible.